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Titre du blog : Les Black's Foot
Auteur : Jakin
Date de création : 03-09-2008
 
posté le 03-09-2008 à 14:59:50

AU COEUR DE L'AME RUSSE...


Moscou, Kiev, Leningrad du 16 au 26 août 1982




        Avec une superficie de 22,4 Mkm², soit un sixième des terres, l’URSS est le plus vaste pays du monde. Si 75% de son territoire se déploie en Asie, le petit quart non asiatique représente à lui seul plus de la moitié de l’Europe. De tous les coins du monde, on vient en URSS voir la capitale du premier Etat socialiste. Pour notre premier voyage nous avons nous aussi, comme Alexandre Dumas, succombé à la curiosité. Au cœur de la Sainte Russie, Moscou, Kiev et Leningrad sont trois joyaux culturels et artistiques…

        Une petite escale à Paris (Aéroport d’Orly) et six heures plus tard nous sommes sur le territoire de Tolstoï, Gorki, Dostoïevski etc… Les textes de « Guerre et Paix, Ma vie d’enfant, Crimes et Châtiments » s’extraient de notre mémoire pour nous faire patienter au poste de police. Un cerbère, en uniforme étincelant, droit comme un « I », examine nos passeports pendant plus d’un quart d’heure. Un autocar des années cinquante nous dépose en fin de soirée à l’hôtel « Rossia ». C’est un complexe de 2500 chambres sur dix sept étages avec une dizaine d’ascenseurs. Une vitrine du gigantisme soviétique dans laquelle, si vous ne disposez pas d’un plan, il vous est impossible de retrouver votre chambre pour la nuit ! …

        Les trois premiers jours seront consacrés à la visite de Moscou. La ville rouge aux cent coupoles dorées, forte de ses neuf millions d’habitants, croque la vie comme des zakouski ! Moscou avec ses vieux et ses nouveaux quartiers, ses zones protégées qui recèlent d’innombrables monuments d’histoire et de culture russes. On y trouve des souvenirs de la Révolution, des souvenirs de hauts faits d’armes et d’exploits au travail ; les centres industriels et scientifiques, les établissements d’enseignement, les musées, les théâtres, les installations sportives, les monuments d’architecture, etc…
         


            Moscou frappe par sa démesure, par son développement impétueux, sa vie bouillonnante, sa jeunesse qui en font l’attrait principal de cette ville huit fois centenaire. Notre itinéraire, forcément restreint, nous permet d’admirer quelques splendeurs dignes d’intérêt :

- La Place Rouge : La plus importante du pays des soviets, elle a été le témoin de nombreux évènements capitaux de la vie russe.
- Le Mausolée de Lénine : où repose le corps du grand révolutionnaire. Toutes les heures, au son du carillon de la Tour du Sauveur, la garde est relevée aux portes du mausolée.
- Basile le Bienheureux : Ici se dresse la multitude de coupoles de cette œuvre surprenante de l’architecture russe. La cathédrale commencée en 1555 sur l’ordre d’Ivan le Terrible fut terminée en 1561.
- Le Musée d’Histoire : Bâtisse de briques rouges imitant le style du 17ième siècle, ses façades sont couvertes d’arabesques.
- Le Kremlin : Il constitue le cœur de l’immense ville et aussi du pays tout entier. C’est là que siègent les institutions gouvernementales de l’Union Soviétique.
- La Tour du Sauveur : 68 m de hauteur, elle a toujours été l’entrée d’apparat. Elle est la plus belle de toutes les tours du Kremlin, alliant harmonieusement grandeur et grâce.
- La cathédrale de l’Annonciation : Un chef d’œuvre de l’art des maîtres russes de la période couvrant la fin du 14ième siècle.
- Le Tsar des Canons : Posté non loin du clocher d’Ivan le Grand, c’est un chef d’œuvre de la fonderie russe : 40 tonnes, plus de 5 m de long, calibre 890mm.
- Le Palais des Congrès : Un majestueux monument qui vient s’ajouter à l’ensemble architectural du Kremlin en 1961.
- L’Eglise Sainte Barbe : Une petite église près de la Place Rouge, merveilleux spécimen du classicisme russe de la fin du 18ième siècle.
- L’Eglise de la Conception de Sainte Anne : A proximité de l’hôtel Rossia, une construction en pierre de la fin du 15ième siècle.
- La Tombe du Soldat Inconnu : Au centre de la grande pierre, adossée au mur d’enceinte, brûle une flamme éternelle amenée de Leningrad où reposent les combattants héroïques de la révolution.
- L’Université Lomonossov : Depuis 1940 c’est la plus importante des grandes écoles d’URSS, un des pôles de la science mondiale. Près de 30 000 étudiants, dont 2 500 étrangers de 105 pays, suivent les cours de 17 facultés…
         


        En dehors de ses monuments prestigieux, Moscou nous invite aussi à flâner dans ses rues, vieilles et nouvelles, à assister aux spectacles de ses théâtres, à visiter ses galeries de peinture, à emprunter son métro unique au monde pour sa décoration. Aux grès de nos promenades nous avons découvert au coin du Passage Serov : le siège du Comité Central de l’Union des Jeunesses Communistes ; l’église de l’Archange Saint Michel qui date de 1662 ; l’exposition des réalisations de l’économie nationale…
         
        Nous nous sommes installés aussi souvent que possible aux tables de ses cafés rétros pour sentir battre le pouls énergique de ses habitants, qui après vous avoir entendu commander dans un mauvais anglais une bière ou une vodka, viennent s’enquérir du mode de vie en France…

        Il y a aussi bien des curiosités à voir en poussant au-delà du périphérique dans les environs de Moscou. Là, la nature russe s’offre à nous dans toute sa beauté, avec ses forêts, ses taillis, ses rivières petites et grandes, ses champs et ses près. Nous y avons découvert des monuments à la gloire des héros, des vieux domaines à l’architecture classique, transformés en musées, des églises et des monastères comme le Monastère Novodévitchi : un ensemble architectural unique qui s’est formé au cours des 16ième et 17ième siècles…
         
        Nous quittons Moscou à bord d’un « Antonov 180» qui atterrit deux heures plus tard à Kiev où nous attend notre guide Nathalie. Kiev est le berceau de l’ancienne Russie. Elle est aujourd’hui l’un des plus grands centres industriels du pays, et son intense activité scientifique lui vaut le titre de Cité des Sciences. La ville est née au bord du Dniepr, dans un site vallonné d’une grande beauté. Nous y restons deux jours pour visiter la Laure de Petcherks, un joyau, car c’est le lieu de pèlerinage le plus fréquenté de toutes les Russies…
         
        On ne peut quitter Kiev sans se rendre à la campagne, où les constructions d’époque sont entretenues avec beaucoup d’amour par les paysans. Puis direction l’aéroport pour prendre un vol intérieur (le transport le plus économique en Russie) qui nous dépose trois heures plus tard sur le tarmac de Leningrad où nous attend notre nouveau guide Petrovna…

        Quatre jours ne suffisent pas pour profiter de trois cent ans de beauté ! Nous retenons notre souffle ! Voici, surgit du delta de la Neva, le rêve de Pierre le Grand : Saint-Pétersbourg, inspiré par Versailles, est posé à fleur de canaux, comme Venise. L’histoire commence en 1703, lorsque le tsar Pierre le Grand, admirateur de la France et de ses fastes, décide de transformer ce qui n’est qu’un vaste marécage en « fenêtre sur l’Occident ». En 1917, elle est promue capitale de la Russie. Elle enroule les rubans de ses palais autour de sa triple ceinture fluviale dans une harmonie architecturale qui brille d’un feu inégalé depuis des siècles…

        Passé l’Ermitage aux bulbes d’or et aux façades vert pâle et nous voilà happé par la foule incessante sur la Perspective Nevski, le cœur de la cité impériale. Sur la Fontanka, des enfants de six ans, vendent la Pravda aux quelques voitures arrêtées au feu rouge. La Perspective Nevski (en russe : Невский проспект), ou l’avenue de la Neva, est l’avenue principale la ville de Saint-Pétersbourg, elle s’étend sur 4,5 km.
Planifiée par Pierre le grand pour être un point de passage de la route Novgorod - Moscou, l'avenue fut percée au cours de l’année 1760 dans une forêt. Elle va de l’Amirauté à la gare de Moscou (achevée en 1851), en passant par la place Vosstaniya jusqu’au monastère Alexandre Nevsky…
         


        Née du délire de grandeur d’un tsar, la ville de Leningrad est devenue aujourd’hui une star architecturale pour l’éternité. Elle nous offre un florilège de monuments d’une élégance souvent sobre et majestueuse d’où émergent les bulbes verts, rouges, jaunes et or du bouquet de ses églises que nous visitons chaque jour :

- Le Palais d’Hiver : Chef d’œuvre de l’art baroque, devient en 1917 le siège du gouvernement provisoire. Actuellement il fait partie des bâtiments qui composent le Musée de l’Ermitage. La place du palais est une des plus anciennes de la ville. Au centre se dresse la colonne d’Alexandre.
- Le Musée de l’Ermitage : Le portique qui marque l’entrée est décoré de dix figures d’atlantes de granit. Il est relié au vieil Ermitage par un arche qui enjambe le canal. Second musée du monde après le Louvre, tous les peintres majeurs y sont exposés : Michel Ange, Rembrandt, Corot… sa visite est un merveilleux moment, un régal absolu.
- La Forteresse Pierre et Paul : Là ou reposent les Romanov. Elle est dominée par la cathédrale, dont la flèche dorée servait de point de repère aux habitants de la ville. Dès 1718 elle servit de prison à plusieurs générations de révolutionnaires.
- La cathédrale Saint Isaac : Elle fait office de musée depuis 1932. Elle évoque ainsi, le labeur infernal des dizaines de milliers de serfs qui construisirent ce grandiose bâtiment.
- Le croiseur Aurore : Le croiseur s’amarra près du pont Saint Nicolas le 7 novembre 1917 et à 21 h 45 retentit le coup de canon historique, qui donna le signal de l’assaut du Palais.
- Pétrodvorets : Ces parcs et ces palais forment un des plus remarquables ensembles des environs de Leningrad. Conçu par Pierre le Grand, et disposé au bord du golfe de Finlande, il devait symboliser la puissance et la grandeur de la Russie.
         


        Les promenades le long de la Neva en suivant les canaux nous font découvrir des petits ponts bossus qui font songer à Venise. Des palais à profusion bordent les berges, tous plus fastueux les uns que les autres, certains jusqu’au délire, tel celui de la famille Youssoupov : cent vingt pièces intactes, une salle de théâtre rococo couverte d’or et le souvenir de la mort de Raspoutine dans ses murs ! Il faut aussi voir la gare ferroviaire de Vitebsk et le magasin Elisseïev sur la perspective Nevski et visiter les stations sud de la ligne «1» du métro, superbes illustrations des « palais du peuple » voulues par Staline…
         
        Vous l’avez compris, cette cité est un pur régal…A vous d’en juger. Tout commence au bar, avec un verre de vodka et des cornichons. Un violoniste, tout droit échappé d’un roman de Gogol, vous accueille au son de sa balalaïka qui s’endiable quand vous passez à table pour les zakouski (hors d’œuvres) : caviar rouge sur blinis, morceaux d’anguille et de hareng fumé, roulade de porcelet… la vodka coule à flots. Suivent les raviolis sibériens, arrosés d’un vin géorgien. Et pour achever ce festin, glace à la vanille à gogo. Et, bien sûr, une dernière vodka, pour la route ! …

        « …Ces nuits porteuses de rêves ou, sans allumer ma lampe dans ma chambre, je lis, j’écris… », disait Pouchkine. Pour fêter ce rêve d’été, tous les ponts de la ville se lèvent en même temps, chaque nuit d’août, à deux heures du matin. Un spectacle inoubliable…

        Dans le petit matin brumeux nous reprenons la route de l’aéroport : direction la France. Notre voyage s’achève en traversant une forêt de bouleaux qui jouent avec les premiers rayons du soleil. C’est un Kaléidoscope qui nous renvoie des souvenirs déjà jaunis par le temps qui passe. Nos yeux ont du mal à rester ouverts (il ne faut pas abuser de la vodka), mais peut importe ! Quand les paupières s’abaissent rejaillit Pouchkine, le plus grand des poètes russes, Nikolaï Gogol, Ivan Tourgueniev, Fédor Dostoïevski qui nous attendent dans le quartier du canal Griboïedov…

 

 

Andrée et Armand