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Titre du blog : Les Black's Foot
Auteur : Jakin
Date de création : 03-09-2008
 
posté le 05-09-2008 à 09:07:34

D'OASIS EN MOSQUEES...


Tunisie du 7 au 14 Avril 1984






        La Tunisie n’est pas de ces terres qui s’abandonnent et s’offrent aux premiers regards trop avides de l’étranger. Elle se laisse d’abord deviner, par petites touches, elle se laisse désirer. Intimités recluses en ses murs aveugles, pans opaques chaulés de blanc mat absorbant les éclats de lumière, médinas labyrinthiques, ruelles ramifiées, courtes impasses, femmes au visage voilé et au regard fuyant, vieillards impassibles, imposants, drapés dans des djellabas, enfants souriants et quémandeurs, villes du Sud qui ouvrent leurs dédales aux vents de sable, déserts irrationnels, palmeraies infinies : on ne peut se soustraire aux codes et aux énigmes qu’impose cette terre pétrie d’islam…

           Dans ce pays au soleil quatre étoiles, baigné par une mer transparente sous un ciel bleu intense où viennent se découper les palmiers, nous allons goûter un exotisme plus authentique, celui de ses villes ou de ses campagnes. Il nous sera ainsi donné de nous frayer une voie sur l’asphalte brûlant dans le flux des taxis qui zigzaguent et des charrettes langoureuses, de contourner pour la dixième fois la mosquée splendide et muette où l’on n’ose pénétrer, de longer les sours, murailles closes, murs épais où se projettent trajets de rêves et errances fascinées, de repasser sous les treillis de palmes entre les dattes opulentes et la poudre de henné, l’éventaire de triperie et les cases à épices, de nous émerveiller devant les volutes savantes des panneaux de céramique qui ornent les façades, de suivre le comptoir du marché où le poisson se vend à la criée et de humer les pains et les beignets luisants dans des guérites de bois improvisées, de nous soumettre, enfin, au silence irréductible des ocres déserts du Grand Sud, où dansent les mirages…

        La Tunisie déploie le spectre de ses images secrètes et fugitives et dresse son portrait polychrome dans lequel se déchiffrent encore les traces d’anciennes cultures. Comment résister à cet appel ? Un vol nous attend à l’aéroport de Marseille Provence, qui nous dépose 3 heures plus tard à Tunis, début de notre équipée…

        Notre guide Badaoui nous récupère en fin de matinée à la sortie de l’aéroport et organise notre transfert à l’hôtel Africa Méridien*****, Avenue Habib Bourguiba en centre ville. Nous sommes dans le mois du Ramadan et l’activité tourne au ralenti : pas de restauration à midi, pas de climatisation ni d’eau au robinet, il faut attendre le soir ! Nous décidons donc de quitter l’hôtel pour une visite improvisée dans la capitale…

        Nous n’avons pas fait 100 mètres sur l’avenue, et nous sommes immédiatement abordés par un jeune homme (pas plus d’une vingtaine d’années) qui nous raconte avoir fait ses études en France et nous propose de nous faire visiter gratuitement sa ville pour améliorer son français. Nous lui accordons aucun crédit, car c’est une façon comme une autre de gagner quelques Dirhams, mais Comme il a l’air sympathique et agréable, nous nous prêtons bien volontiers au jeu…

        En compagnie de notre jeune guide improvisé nous partons à la découverte de la ville. Nous quittons l’avenue Bourguiba pour le musée du Bardo. Le quartier moderne de Tunis centré autour de l’avenue du 7 novembre, a le charme des larges rues ombrées de superbes ficus, des immeubles de style colonial, des terrasses de café, des kiosques avec, ici et là, quelques belles réalisations contemporaines…

        Puis nous prenons la direction de la place de la Victoire, entrée de la Médina, et la rue Zarkoum afin de pénétrer dans les souks. D’abord bordée de boutiques de souvenirs et de quelques échoppes de brocanteurs, la rue laisse place très rapidement à un enchevêtrement de ruelles, de mosquées, medersas et une foule sympathique qui vous enveloppe et nous porte dans ces lieux hors des sentiers encombrés par le tourisme…

        Les murs très blancs sont gorgés de lumière, le souk des parfumeurs saturé de senteurs diverses, celui des orfèvres scintillant d’or et d’argent, celui des femmes bruissant de galons et de soies aux couleurs joyeuses, quant au détour d’une rue nous arrivons au souk des Tapis, destination recherchée par notre jeune guide (c’est le but du jeu). Assis sur des petits tabourets orientaux en dégustant un excellent café turc offert par nos hôtes, nous regardons défiler une quantité impressionnante de tapis que nous déroulent deux employés du magasins. Impossible de résister à la beauté des tissages, et vaincus par l’opiniâtreté de notre vendeur, nous voilà propriétaires d’un tapis en poil de chameau (4 m x 3 m) que nous faisons livrer directement en France…

        Le jeu est terminé, nous avons passé quatre heures avec notre jeune guide qui nous ramène vers notre hôtel heureux du devoir accompli. Il sourit en nous quittant car il vient de faire une bonne affaire : une commission du marchand, comme apporteur d’affaire et quelques Dirhams que nous lui laissons pour sa prestation…

        Ce matin après le petit déjeuner, Badaoui vient nous chercher pour commencer la première étape de notre aventure d’Oasis en Mosquées. Carthage, une étape majeure. La ville au luxe fabuleux, qui fut un temps la plus riche métropole du monde, constitue dans son paisible environnement d’arbres, de fleurs, de villas cossues, bien plus une promenade qu’une visite classique. Il reste en effet peu de vestiges de la cité qui osa tenir tête à Rome au cours des fameuses « guerres puniques ». Mais les colonnes brisées, les stèles aux symboles magiques comme les disques solaires surmontés d'un croissant de lune nous introduisent dans un monde presque imaginaire et délicieux. Carthage (ou Qart hadasht, la Ville neuve) fut fondée en 663 avant JC, par des marins de Tyr, sur une presqu'île entourée de lagunes, au nord de l'actuelle Tunis…
     
        L’agglomération de Nabeul est située légèrement en retrait de la côte. Elle est depuis des siècles un centre réputé de production de céramiques et de nattes. Nous nous promenons dans la partie animée de la ville et visitons quelques boutiques de potiers. Derrière les arcades du souk, on aperçoit la mosquée Habib Bourguiba restaurée en 1967 et qui fournit une parfaite illustration des spécialités artistiques locales, notamment dans la salle de prière…
 


        L’entrée principale de la médina d’Hammamet mène à la rue étroite des souks. Ici, les échoppes regorgent de tapis, d’objets en cuivre et de céramiques en provenance de Nabeul. Cette voie commerçante, où ne circulent que les piétons, semble concentrer sur son axe toute l’activité du quartier ancien. En montant, nous trouvons sur notre gauche, en face des bains turcs, la Grande Mosquée, dont le minaret du 15ième siècle a été restauré en 1972. La casbah, édifiée au milieu du 15ième siècle sur l’emplacement d’un fort plus ancien, servit un temps de casernement à la Légion étrangère. Elle offre depuis le sommet de ses murs une vue d’ensemble sur les maisons à terrasse de la médina et sur les environs…
     
        Pour la deuxième étape nous nous dirigeons vers la région du Sahel. Kairouan, ville sainte et place forte, elle est encore un lieu de pèlerinage. Dans la platine de sa pierre, dans la rigueur architecturale de ses lignes, dans ses murailles d’un ocre délicat et dans ses innombrables mosquées gît un rêve de conquête et de gloire, lancé, comme par défi au paysage alentour. L’enceinte, remaçonnée est un appareil en briques qui malgré ses 900 ans, possède une réelle fraîcheur. La vieille ville est un quadrilatère irrégulier, d’environ 1 Km de long sur 500 m de large. Nous prenons à droite de la place Barouta, une ruelle qui monte vers le souk des tapis. Puis en empruntant successivement la rue Zoukbar, la rue El Kedidi nous longeons un moment les remparts avant de parvenir à Bab-el-Khoukhai (porte de la Poterne), construite vers 1705. En face s’ouvre la rue Ibrahim Ibn el-Aghlab, aux murs blancs et aux portes bleues, qui mène directement à la Grande Mosquée fondée sous Oqba Ibn Nafti le conquérant en 669…
     


        A Monastir, le ribat domine le vieux port et l’immense esplanade au bout de laquelle sont plantés les deux minarets et la coupole coiffés d’or de la riche mosquée Bourguiba. La ville natale de l’ancien président a bénéficié de toutes les attentions. Ce qu’elle a gagné en propreté, elle l’a sans doute un peu perdu en naturel. Nous nous promenons en calèche sur la corniche qui longe la plage et naturellement dans les souks où abondent des magasins de tapis bien tentants. Puis vers le beau cimetière marin, Sidi-el-Mezeri, avec ses marabouts et sa multitude de tombes blanches, qui se tient à l'ombre du rempart d'un des plus fameux ribat du Maghreb, vaste couvent forteresse construit en 796 par Harthama ibn ayen…
     
        Etagées en terrasses, les maisons de la médina de Sousse descendent vers la mer comme les marches d’un escalier. La vue est superbe depuis la tour de la casbah qui domine la vieille ville cernée de remparts. Dans les ruelles, le bruit des marteaux nous conduisent vers le souk El Caïd, le souk des forgerons. Après un thé à la menthe au Petit Café maure, nous filons vers la grande mosquée et le ribat qui offre à la tombée du jour un autre joli point de vue sur la ville. Monument symbole de cette côte du Sahel, le ribat permettait jadis de surveiller la mer et de prévenir toute incursion de l’ennemi occidental…
     


        La troisième étape nous mène de Sousse à Sfax, dans la région des basses steppes. Sbeïtla au carrefour de routes, située dans la région des hauts plateaux au cœur d’une steppe mal irriguée par les fleuves irréguliers, porte la marque de Rome. Dès l’entrée dans le village, l’arc de triomphe de l’antique Sufetula se détache sur le ciel bleu, en offrant un joli cadrage de pierre aux architectures dorées des trois temples dressés à l’arrière plan…
     
            El Jem, un bourg aux allures de village, serait inconnu s’il ne possédait, dressé comme un rempart, dans son paysage, le plus grand Colisée d’Afrique du Nord. Malgré des dégradations dues, en partie, aux combats qui opposèrent pour la prise du pouvoir Ali bey et Mohammed Bey, en partie à l’usage qu’en fit la population locale en l’utilisant longtemps comme carrière, l’ordonnance générale de l’édifice est si triomphante que le terme « ruines » paraît impropre. En raison de sa masse ocrée, qui accapare l’horizon et écrase, dédaigneusement, les maisons de la bourgade, il offre un spectacle impressionnant et insolite. A l’époque où la ville s’appelait Thysdrus (milieu du 3ième siècle), 30 000 spectateurs pouvaient y prendre place…
      
            Nous entrons dans Sfax par le boulevard Ferhat-Hached, artère très animée, qui nous conduit jusqu’à la casbah. Devant nous s’ouvre l’avenue Ali-Belhaouane, qui longe les murs d’enceinte de la médina et passe devant Bâb Diwan (porte du Conseil), entrée principale de la médina. Après avoir franchi un passage bordé de petites boutiques (vannerie) et de gargotes, nous prenons la rue Mongi-Slim, qui présente de beaux spécimens de portes en pierre appareillée et sculptée. On tourne à droite dans la rue de la Driba et nous parvenons dans une impasse où se trouve le Dar Jellouli transformé en musée régional des Arts et Traditions populaires que nous visitons…
     


          Nous reprenons en sens inverse le chemin effectué. Parvenus à la rue Mongi-Slim, nous la traversons pour rejoindre la rue de la Grande Mosquée. Cette mosquée est la plus ancienne des 115 mosquées et zaouïas réparties dans Sfax. Fondée en 849, elle fut reconstruite à l’époque fatimide (10ième, 11ième siècle) et remaniée à l’époque turque. Son minaret, très ouvragé, possède, malgré ses proportions trapues, trois étages comme celui de Kairouan…

        S’il est une ville où l’on se sent plus voyageur que touriste, c’est bien Sfax. Son double statut de premier port et de seconde ville de Tunisie l’a dotée d’une énergie active qui laisse bien loin d’elle toute indolence méridionale. Avec ses grands immeubles modernes, ses édifices de style colonial, elle a acquis un charme singulier où les ingrédients de l’européanisation font surgir, comme par contraste, les caractéristiques de la vie tunisienne…

        La quatrième étape nous projette dans le sud de la Tunisie. Cependant le sud ne se limite pas à ces paysages désertiques qui semblent infinis. C’est aussi la tiédeur de la mer dont les embruns poudroient au soleil. Gabès, Djerba, ou l’île des Lotophages, nous ramènent vers une terre toute de douceur, transformées en jardins maraîchers, en vergers et cernées de sable doré. Et cette opposition nette, cette alternance entre paysages brûlés par le soleil et plages exquises garantissent un farniente confortable qui assure à notre aventure une fascinante diversité…
 


        C’est aussi le moment que nous choisissons pour nous refaire une « santé financière ». Las de donner sans cesse, à longueur de journée, quelques pièces de monnaie aux innombrables quémandeurs qui nous poursuivent avec acharnement. Je décide, assis sous un palmier au bord de la route, de demander l’aumône aux autochtones.  Point d’argent, mais intrigué par mon attitude, un paysan tout sourire vient me porter une cruche d’eau fraîche et quelques dattes que nous dégustons en palabrant. Un vrai moment de bonheur…
 


        Composée de plusieurs quartiers espacés, Gabès est cernée par 300 000 palmiers et par la végétation variée d’une grande oasis en bordure de mer. Elle Jouit d’une situation privilégiée au fond d’un golfe dont la pointe sud rencontre l’île de Djerba. En venant de Sfax, l’avenue Ferhat-Hached, à gauche à la sortie du pont, traverse la ville d’ouest en est. Elle parvient à la place de la Libération et se prolonge au delà jusqu’à la Grande Mosquée que nous visitons. Derrière la place s’étend une zone animée de souks rénovés. La rue qui longe l’arrière du marché, en franchissant l’oued, conduit au quartier de la Petite Jara. Quartier très vivant où se dresse la mosquée de Sidi Driss (11ième siècle), dont la salle de prière voûtée est supportée par des colonnes antiques…

        La première chose qui frappe en débarquant sur l’île de Djerba, c’est son parfum d’Orient aimable, la blancheur et la lumière qui soulignent chaque détail, les senteurs d’agrumes, de fleurs et d’air marin. Comme jadis Ulysse et ses compagnons, on est vite envoûté par la douceur de l’île et ses contours incertains. Un paisible ballet de djellabas anime le port et le marché d’Houmt Souk où des femmes se camouflent dans de grands tissus aux rayures indigo et sous des chapeaux de paille. Symbole de tolérance, la petite ville abrite la plus vieille synagogue du monde, toute parée de céramique bleue. Nous nous promenons sans itinéraire préconçu à travers les palmeraies clairsemées, sur des chemins creux aux ornières de sable, et merveilleusement calme…
     


        La cinquième étape nous fait plonger dans le Grand Sud. Celui-ci ne se visite pas comme le reste de la Tunisie. Il n’est plus question de planifier un itinéraire pour découvrir les vestiges d’une cité antique ou d’une mosquée, mais de prévoir un chemin raisonnable pour passer au désert, de débusquer une piste sans danger pour traverser un paysage de sel, d’eau et de mirages. Ici, de nouveaux termes géographiques apparaissent, accompagnés de leur cortège d’exotisme et de poésie : dune, oasis, chott. Qui n’a rêvé enfant devant une carte de l’Afrique et retrouver en ces mots quelque tremblement de l’imaginaire, quelque trouble de l’esprit voyageur…

        Médenine est le point de départ de nombreuses pistes. Un oued profond divise la ville en deux. Le versant sur lequel nous arrivons est le plus ancien et le plus pittoresque, avec ses petites rues en pente et sa jolie place. A gauche de la rue des Palmiers se trouvent quelques vestiges du ksar de Ghorfas. Les quelques Ghorfas qui subsistent ne donnent qu’une idée approximative de l’architecture d’origine. Du haut de ses greniers nous scrutons les portes du désert…
     
        De Médenine, une assez bonne piste permet de rejoindre un certain nombre de beaux villages troglodytiques. A 42 Km, on parvient à un col situé au pied de la Matmata ancienne juchée sur un piton. Les maisons maintenant abandonnées, sont des abris accolés aux roches. L’aspect irréel que conserve le paysage provient de cratères qui entaillent en grand nombre le vaste plateau nu. Ces cratères sont les ouvertures de maisons souterraines, véritables puits, profonds de 8 à 10 m et d’un diamètre de 15 m en moyenne. Le fond constitue le patio de la maison. Tout autour, des chambres ont été creusées dans la terre ocre. Le tout baigne dans une fraîcheur agréable. Des couloirs inclinés, ouverts à flanc de colline, permettent d’accéder aux habitations…
     
        Belles comme le commencement du monde, ces dunes infinies méritent bien un petit effort. Les pieds s’enfoncent dans le sable. Pourtant, on adore y marcher, car tout n’est que silence et beauté minérale. Un mirage ? tiens, tiens…en traversant le chott El Djérid, désert de sel éblouissant, on croit apercevoir une palmeraie, au loin… Mais non. C’est un mirage, un vrai…
     


        L’oasis de Tozeur s’étend sur un peu plus de 1 000 ha et compte 200 000 palmiers. 200 sources s’écoulent dans des ruisseaux formant tout un réseau bruissant derrière des buttes de terre. C’est le lieu idéal pour se détendre et se rafraîchir au milieu des bananiers, des figuiers, des grenadiers et des vignes. Le chemin s’insinue dans le quartier du bled El-Hader, avant de parvenir à une place principale où s’élève une tour, établie sur un soubassement de pierres romaines…

        La piste continue à longer des plantations variées, passe devant un marabout carré et traverse le quartier Abbes. Après le marabout on monte vers le paradis. C’est un merveilleux petit jardin planté d’arbres fruitiers et agrémenté de fleurs, dont d’étonnants rosiers. On y goûte des sirops de fleurs et de fruits (roses, violettes, pistaches…). Un belvédère situé au pied de roches érodées dans un petit cirque où des palmiers semblent flotter dans l’eau des sources, nous donne une vue étendue sur les bras de l’oued, la palmeraie et, à l’infini, sur le chott El-Djérid…
     
        Reine du désert, assoupie dans le sable aux portes de l’Algérie, Nefta constitue la dernière étape du désert tunisien. Son oasis, la Corbeille, est l’une des plus originales que l’on puisse voir. Tapie au fond d’un cirque aux parois arides et ocres, elle offre, quand on la contemple d’une vue plongeante, un spectacle de palmes s’entrecroisant mollement, bruissant au moindre souffle dans des tonalités qui, selon l’heure, laissent monter les ombres d’un vert sombre ou les éclats d’un gris légèrement argenté…
     


        Le lieu paraît communiquer tout naturellement avec le désert sous l’uniformisation veloutée de la lumière. Nefta est constituée de deux quartiers, séparés l’un de l’autre par l’oued qui relie la Corbeille à la palmeraie. Du côté ouest se trouve la vieille ville que nous visitons à dos de chameau. Ses rues à arcades autour de la place du marché nous permettent de croiser des silhouettes sombres de femmes portant le costume traditionnel berbère : noir souligné d’une bande blanche ( à Tozeur, le galon est bleu)…
     
        Au matin de la sixième étape, nous reprenons la piste puis la route pour remonter vers Tunis. Nous traversons le désert jusqu’à Gafsa, puis empruntons la route de Kairouan et longeons la côte jusqu’à notre destination finale…

        Sur ce parcours, nous sommes surpris de découvrir qu’entre les dunes de sable qui ondulent à l’infini, le moindre signe de vie prend une ampleur démesurée et tient du miracle : un fennec, une gazelle, un troupeau de dromadaires, une source, un bouquet de palmiers près d’un vieux marabout, véritablement providentiel. Dans les champs, des oliviers au feuillages argentés et des palmiers croulant sous des bouquets de dattes au goût de miel. Sur la côte, des forêts de chênes liège, d’eucalyptus, de pins et de mimosas se profilent à l’horizon. Et durant les pauses, on sacrifie avec plaisir au rituel du thé à la menthe. Cette journée finit en apothéose devant un couscous royal servi par des garçons portant l’habit berbère, le tout agrémenté d’un concert de musique Malouf…

        Notre septième et dernière étape nous fait découvrir Sidi-Bou-Saïd, avec ses maisons chaulées de blanc, ses portails bleus sur lesquels de gros clous forgés dessinent des motifs géométriques, ses moucharabiehs finement ouvragés, ses jardins croulant de fleurs et d’où s’échappent de hauts cyprès…
     
        Un phare a remplacé aujourd’hui les feux signaux qui guidaient vers le port les galères puniques. On monte sur la galerie du phare, après en avoir demandé la permission au gardien. C’est du sommet de cette colline que les guetteurs arabes virent approcher la flotte de la croisade dirigée par Saint Louis en 1270…

        La ville est une merveille. Elle réunit tous les atouts : de la couleur bleu et blanc omniprésente, de la situation, à pic sur la mer, de l’architecture et de l’atmosphère. nous sommes en Tunisie mais aussi en Andalousie, dans les Cyclades, bref, dans tous les pays de vacances heureuses. Le rêve…
     
        Quand Badaoui, le sourire toujours sur les lèvres, vient nous chercher pour rejoindre l’aéroport, nos oreilles entendent encore le bruissement des voix qui interpellent et supplient le touriste. Savoir s’imprégner de ce pays, c’est accepter d’avance toutes les surprises, toutes les rencontres, toutes les errances qu’il propose à qui le découvre. La Tunisie, que ce soit celle, expansive, des souks ou celle, sauvage des campagnes, nous  fait partager ses charmes et ses secrets, pour peu que nous ayons su la courtiser avec gentillesse et avec courtoisie…
 
 
Andrée et Armand