VEF Blog

Titre du blog : Les Black's Foot
Auteur : Jakin
Date de création : 03-09-2008
 
posté le 06-09-2008 à 07:26:48

DANS LES BALKANS...


Yougoslavie du 10 au 25 Août 1984



            On doit au pandit Nehru la meilleure définition de la Yougoslavie : « Il y a dans ce pays six républiques : Slovénie, Croatie, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, et Macédoine ; cinq nations : slovène, serbe, croate, monténégrine, macédonienne ; trois religions : orthodoxe, catholique et musulmane ; deux alphabets : latin et cyrillique ; et une seule volonté : celle de l’indépendance. »…

            Cette indépendance bien gagnée est toute récente : elle date du 1er décembre 1918. Jusque-là, chaque tribu slave venue des forêts du Dniepr s’était cramponnée de toutes ses forces à sa langue et à ses coutumes pour garder son identité. Les occupants cependant, nombreux au cours des siècles, ont, par leur apport culturel, enrichi la mosaïque yougoslave. Comme si les hommes s’étaient mis à l’unisson de la nature pour placer ce pays sous le signe de la diversité…

            Paysages à l’italienne, montagnes et villes autrichiennes, couvents byzantins, minarets orientaux, criques et archipels… autant de traits de caractère géographiques ou humains qui sont des invitations au voyage pour l’esprit curieux et l’amateur de dépaysement. Sans compter que, du contact entre les Slaves du Sud (c’est la signification du mot Yougoslavie) et l’univers méditerranéen, est née une prenante atmosphère. Et ce charme est le ciment qui unit les cent visages de ce pays en un tout plein de séduction…

            Alors que l’été commence à tirer sa révérence sur la Provence, nous décidons de nous déplacer sur l’autre rive de la méditerranée pour profiter d’une nouvelle aventure. Les valises sont vite faites. Un vol de la compagnie nationale yougoslave nous dépose à Split, en début d’après-midi, où notre guide Milka nous prend en charge…

            Nous sommes sur les bords de l’Adriatique en Croatie. Une succession de montagnes ocres et de forêts touffues, des plages claires aux anses profondes : c’est la côte dalmate avec ses mille îles, mille trésors et quelques joyaux comme Split. Nous commençons notre balade le long du petit port pour profiter de la lumière irisante qui n’existe nulle part ailleurs, « dit-on ». Un vieux galion à quai, transformé en bar, nous accueille pour admirer le coucher du soleil devant une bonne choppe de bière. L’ambiance est feutrée et la jeunesse quelque peu romantique…
     


            L’ancienne Salona, capitale romaine de la Dalmatie, c’est là que naquit, dans une famille très modeste, l’empereur romain Dioclétien. Désirant bâtir une villa pour abriter ses vieux jours il ordonna à ses architectes : « Construisez pour l’éternité ». Lorsque les Avars envahirent le pays au 7ième siècle, deux mille chrétiens se réfugièrent dans le palais, transformant les couloirs en ruelles, cloisonnant les salles pour en faire des appartements, murant les portes inutiles, élevant des étages : la cité de Split était née. Le centre est un labyrinthe de ruelles et de grandes places pavées de dalles blanches ; un monde magique offrant des monuments historiques, héritage des romains et vénitiens, ainsi que des magasins chics, des cafés, des bars, des restaurants, des marchés dynamiques, d’élégantes galeries d’art et de la musique…
     
            Mestrovic, le Rodin yougoslave, a légué à la nation sa résidence d’été. Elle est transformée en musée que nous visitons. Sont réunies en ce lieu les œuvres les plus représentatives de celui que Rodin appelait « le plus grand phénomène parmi les sculpteurs »…
     
            Ce matin nous prenons la route de la corniche pour nous rendre à Dubrovnik, celle qu’on surnomme la « perle de l’Adriatique ». Le site est superbe, d’un côté, une colline verdoyante pimentée de cyprès et de pins, de l’autre, le bleu limpide de la mer Adriatique. L’ancienne Raguse, république autonome jusqu’au 19ième siècle qui rivalisa avec Venise pour sa richesse commerciale et avec Florence pour son rayonnement culturel, est résistante comme la pierre dont elle est faite. Le charme de la ville, fondée il y a 1 300 ans, réside dans sa vieille ville (Stari Grad). Il faut la voir se dévoiler, dès l’aube, (six heures du matin pour être seul !) quand le soleil gagne lentement le fort Saint Jean puis le port, avant d’accrocher le campanile de la cathédrale. Place en marbre, rues pavées en pente, hautes maisons, couvents, églises, palais, fontaines et autres musées sont taillés dans la même pierre de couleur blanche, qui s’éclairent au fur et à mesure que le soleil se lève…
     


            Un calcaire aussi dur que du marbre, qui habille majestueusement les palais de la ville. Certains d’entre eux, tel le palais Sponza ou le palais des Recteurs, à l’architecture gothique et Renaissance, embellissent la rue Placa, l’artère principale de Dubrovnik…
     
            Cette longue voie, flanquée de hautes maisons à trois étages dont le rez-de-chaussée est occupé par des commerces et des cafés en terrasse, regorge de monuments historiques. Nous visitons le monastère des franciscains qui abrite un remarquable cloître bâti vers le milieu du 14ième siècle, il compte parmi les sites les plus majestueux de la ville. Il est également le siège de l’une des plus anciennes pharmacie d’Europe, datant du 14ième siècle et encore en activité. Elle fut sans doute la première destinée au grand public . superbe ouvrage de style roman tardif, le cloître se compose de colonnes géminées dont les chapiteaux, tous différents, adoptent la forme de têtes humaines et d’animaux ou s’ornent de motifs floraux…
     
            Après avoir visité les principales églises et monuments de la vieille ville, nous allons faire une balade sur les remparts d’où la vision magnifique embrasse à la fois la citadelle et la mer. Les tours et les clochers des églises sont les mâts de vaisseaux de pierre sur un océan de toits, dont les tuiles jaunes ou ocre ondulent en vaguelettes immobiles…
 


            Cette vue plongeante sur la ville permet d’en deviner l’intimité. on n’a alors qu’une envie, redescendre, sortir du centre autour de la Placa pour aller explorer ses quartiers plus populaires et pittoresques dont certaines ruelles sont si étroites qu’on pourrait toucher les murs en écartant les bras. Une incroyable végétation colonise balcons et fenêtres d’où s’échappent les odeurs de cuisine familiale…
     
            Si la côte dalmate est un collier dont Dubrovnik est le joyau, les autres perles en sont les îles. Ce matin nous décidons de passer la journée sur Harv, la madère yougoslave. Nous prenons pour cela une goélette qui nous fait faire la traversée pour cette longue bande de terre montagneuse semée de vieux villages vénitiens, et couverte de pinèdes, de lavande, d’oliveraies et de vignobles…
         


            Une ville séduisante, lovée autour du port. Il est vrai qu’elle a beaucoup de charme, avec son immense place Renaissance bordée de palais. L’air embaume la lavande et le romarin, et le soir venu où le soleil couchant ramène les derniers bateaux multicolores, les îliens viennent goûter la douce bora, cette brise qui court les îles et amène toujours le beau temps…
     
            Pour déjeuner nous grimpons les escaliers qui mènent à la forteresse surplombant la ville. Nous jouissons d’une vue splendide sur le port et sur les îles Pakleni. Pendant notre promenade nous nous engageons sous une arche de pierre et nous nous retrouvons surpris dans la cour d’un petit restaurant local. En dépit de son étroitesse, les tables sont mises à l’extérieur sous des parasols, créant une sorte de banquet à ciel ouvert très convivial où l’on se régale de poisson, de poulpe ou de fruits de mer, en bavardant d’une table à l’autre. Pour nous, ce midi, ce sera le plat traditionnel : un steak enroulé dans du poivre noir. Le vin de pays que nous trouvons acide au début du repas, coule comme du velours dans nos gorges en feu…
     


            Le soleil est déjà haut quand nous quittons la Croatie pour la Bosnie Herzégovine. Une région fermée, fleuves et torrents forment ses frontières naturelles, et difficile d’accès en raison de sa constitution fortement montagneuse.  Ses épaisses forêts sont peuplées d’ours bruns, de loups, de chevreuils, de chamois et de sangliers. De Goražde à Višegrad, la Drima se glisse entre deux murailles de roche dans un canyon large de 12 m ; c’est la partie la plus impressionnante du parcours, car le courant, étranglé dans cette anfractuosité, est d’une rare violence…

            Notre première étape est Mostar, dont le nom signifie « Vieux pont ». Cette ville a toutes les apparences de l’Orient : les maisons, aux murs percés d’étroites fenêtres, sont peintes de couleurs criardes et, dans les jardins abrités par de hautes murailles, c’est une profusion de fleurs…
     


            Le vieux pont, construit voilà quatre siècle par les ottomans, enjambe hardiment la Neretva, d’une seule arche en dos d’âne. Il est édifié sans ciment, avec des pierres assemblées par des crochets de fer.  Moyennant quelques dinars, des jeunes gens plongent de ses 20 mètres de hauteur dans les eaux bleues du fleuve…
     


            Aujourd’hui pour notre deuxième étape nous remontons vers le nord pour atteindre Sarajevo. Avec ces moquées, ses minarets et ses maisons turques, la ville évoque irrésistiblement l’Orient : elle a vécu cinq siècles sous la férule ottomane, et , jusqu’en 1950, les femmes portaient le voile. Sarajevo a pourtant deux visages : celui d’une cité autrichienne, avec ses larges artères bordées d’immeubles baroques, et celui d’une ville orientale aux ruelles jalonnées d’échoppes. Dans la baščaršija (le bazar), des artisans, chaudronniers, orfèvres, cordonniers, offrent un choix sans cesse renouvelé d’objets fabriqués sous les yeux des clients…
 


            C’est à l’extrémité du pont Princip, qui franchit la Miljacka, que le 28 juin 1914, un jeune nationaliste abattit le prince héritier et son épouse. Deux balles qui allaient coûter la vie à prés de 9 millions d’hommes, puisqu’elles déclenchèrent la Première Guerre mondiale…

            Il nous faut toute une journée pour traverser la Bosnie et remonter vers le nord de la Yougoslavie pour nous rendre à Zagreb. Sur ce parcours chaotique de la monotone Slavonie, nous ne retenons qu’un village : Hlebine. Là, en 1931, Yvan Generalic et deux autres paysans, pour protester contre l’injustice sociale, évoquèrent sur toile la rude et ingrate vie quotidienne des villageois : la peinture naïve yougoslave, aujourd’hui mondialement connue, était née…

            Zagreb, la capitale de la Croatie, est une ville germanique, au style baroque évocateur des riches heures de l’Empire austro-hongrois. De larges avenues tirées au cordeau se croisent a angles droits formant un quadrillage quasi militaire. Une muraille flanquée de donjons et de parcs ceinture la ville. Quelques grandes places bordées de cafés avec terrasses font le bonheur des touristes et des locaux qui se prélassent dans la tiédeur de l’été…
     


            Mais avant le réconfort d’une bonne bière slave, un peut d’effort. Nous faisons un rapide tour d’orientation de la ville, visitons le parc Zrinjevac, le Théâtre croate et nous nous promenons dans le cœur historique pour retrouver l’ancien hôtel de ville, dont la toiture en céramique présente les armes de la province et de la ville. Les premiers documents écrits sur la ville datent de 1094. dans la période de la fondation du diocèse est la construction de la cathédrale. Les vieux quartiers Kaptol et Gradec se trouvent près de la cathédrale. En 1242 la ville fut pillée par les Tatars et les habitants de Zagreb ont donné l'abri au roi hongrois Bela 4ième , Zagreb est devenue la ville libre…
     
            Dans la matinée nous quittons Zagreb, enveloppée dans un brouillard de dentelle, pour la région des lacs, en direction de l’ouest. Nous en profitons pour traverser la ville de Karlovac. Puis nous prenons la route du Parc National Plitvice où les lacs alimentés par d’innombrables ruisseaux se déversent les uns dans les autres…
     
            Si les chutes de la Krha sont impressionnantes par leur saut de 50 mètres, que dire du spectacle offert par les très nombreux lacs de Plitvice se déversant par un escalier en cascade ! Des dizaines de kilomètres de petits ponts et sentiers nous offrent les moyens de visiter cascades, lacs et végétation et d’approcher de près les points les plus attractifs tout en protégeant en même temps cet espace dénommé Paix, eau et forêt. Au cours des millénaires, l'érosion a découpé les roches calcaires de Plitvice, les transformant aujourd'hui en un véritable labyrinthe naturel. Des lacs d'une couleur bleu turquoise s'y sont formés par endroits. Nous sommes tentés par une baignade, mais il faut savoir que dans leurs eaux s'ébattent des crapauds et d'énormes truites. Nous y renonçons et pour nous rattraper nous effectuons une petite balade en forêt. Le parc est également le paradis des libellules et de 126 espèces d’oiseaux…
     
            A proximité immédiate de Galovački Buk les eaux du lac Galovac sont dissipées en une série de cascades séparées par des groupes de végétaux d’eau et travertin vivant. Au dessous des cascades conduit une passerelle baignée d’innombrables gouttes d’eau. Même de la chambre de notre hôtel, « le Jerezo », nous pouvons admirer Veliki Prštavac, une des cascades les plus attractives sur les lacs supérieurs, haute de plus de 30 mètres…
         


            Après avoir passé deux jours dans la peau de Robinson Crusoé, nous reprenons la route pour rejoindre la côte dalmate et Zadar, notre nouvelle étape. C’est la patrie du maraskino. Elle possède un trésor d’orfèvrerie qui contient des bras reliquaires, symboles de la Prédication des bustes en or ou en argent. Ces pièces ne sont pas exposées dans l’église Saint Donat, vieux sanctuaire du Moyen âge transformé en musée archéologique que nous visitons, mais au couvent de Sainte Marie que nous visitons aussi…
     
            Le soleil est au zénith quand nous reprenons la route pour rejoindre notre dernière étape, la ville de Trogir. Entre Zadar et Sibenik sont posées sur la mer transparente les 110 îles de l’archipel des Kornat, labyrinthe d’îlots sauvages et de récifs calcaires qui font le gros dos comme des monstres antédiluviens…
     
            Nous voici à Trogir, un autre joyaux de la côte dalmate. Cité autonome au Moyen Âge, elle fut vénitienne de 1420 à 1797. Ses venelles sont bordées de maisons praticiennes au portail armorié. Ville musée où se retrouvent les empreintes des civilisations de ses occupants successifs. Elle possède avec le portail de Radovan de la cathédrale Saint Laurent, un chef d’œuvre de la sculpture médiévale teintée de réalisme slave. C’est l'ensemble urbain romano - gothique le mieux préservé de la côte Adriatique, mais aussi de toute l'Europe centrale. Le centre historique médiéval de Trogir, entouré de ses murailles, comprend un château et des tours préservées, ainsi que différent palais et demeures particulières datant des périodes romane, gothique, renaissance et baroque…
         
            Pendant trois jours nous goûterons au charme de cette petite ville médiévale, flânant dans les ruelles étroites pour acheter quelques souvenirs et profitant du soleil jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la mer. Nous passerons nos après-midi au bowling pour améliorer notre jeu. Le soir venu nous nous mêlons aux dalmates sur les terrasses des tavernes de bois de pierre qui envahissent les ruelles. Au menu, risotto à l’encre de poulpe, daurade grillée, prûst (inoubliable jambon fumé) et fromage de brebis…
     
            Les dalmates sont gourmands ! Nous aussi ! Mais le résultat est là : les garçons sont de véritables géants sportifs et les filles allient avec talent charme slave et beauté italienne !…

            Notre aventure tire à sa fin quand Milka vient nous chercher à l’hôtel pour nous accompagner à l’aéroport international de Split. Sur le chemin nos pensées vagabondent . Dans ce kaléidoscope de paysages et de cultures nous nous rappelons l’engagement de Josip Broz Tito, incontestablement la plus éminente personnalité de l’histoire moderne des nations et nationalités yougoslave. Il exerça pendant plus de quarante ans un influence décisive sur la vie sociale et politique de son pays ainsi que sur la position et les relations internationales de la Yougoslavie…

 

 

Andrée et Armand