
La demande au préalable était que nous évoquions l'Alchimie. Ma réponse a été, sans équivoque : Le seul capable de parler d'Alchimie est le conférencier Pascal Boucher, car ce n'est pas un opératif. On ne parle pas d'alchimie quand on est opératif on transmute la matière avec plus ou moins de réussite dans la discrétion d'un Laboratoire et d'un Oratoire. La confrontation avec la Matière est une épreuve divine qui répond à un chemin personnel et individuel comme l'initiation Maçonnique.
Et c'est pour cela que Maillet et Ciseau en main, l'Apprenti se confronte à la Matière, à sa Matière, pour en faire un chef-d'œuvre (la pierre philosophale) en empruntant un cheminement nommé "La voie Royale". Voie Royale contenue dans la philosophie des Alchimistes, voie Occidentale qui prend sa source dans les traditions ancestrales que l'on retrouve chez les Sumériens, Égyptiens, Celtes et de façon plus moderne au creuset d'Alexandrie sous les Ptolémées.
Cette source fut aussi utilisée par les bâtisseurs de cathédrales (les tailleurs de pierres et les charpentiers), les Maîtres imagiers (les vitraux et le Tarot) et bien entendu les Francs-maçons pour transmettre aux futurs Initiés, les Connaissances de la géométrie de l'espace, l'architecture des bâtiments et le travail sur son intériorité, mais elle reste essentiellement Herméneutique, aux Francs-Maçons, car il s'agit d'un Magistère.
Patrick Burensteinas, cet Alchimiste dont je suis l'élève pourrait vous entretenir pendant des heures sur l'allégorie alchimique du jardin d'Eden, de l'arche de Noé, des rois mages, du Temple de Salomon, de la quête du Graal et même des transmissions modernes par les contes : la sourie verte, blanche neige, le petit chaperon rouge, Peter Pan, Le Chat Botté, et même Tintin. Souchant ainsi la voie à une tradition ancestrale, mais je n'ai ni son talent, ni sa connaissance, je ne livrerais donc, ce soir, que mes modestes recherches et celles que m'ont transmis mes Pairs. Ma pensée vas particulièrement ce soir à Patrick Leterme, secrétaire de Robert Ambelain qui pendant cinq ans avec beaucoup d'amour m'a offert l'essentiel avant de partir pour le Grand Voyage...
Dans tous les Rites, la transmission de l’hermétisme se réalise dés les trois premiers grades de la Loge Bleue et commence incontestablement par le Cabinet de Réflexion où le profane va vivre l’épreuve de la Terre.
Déjà le titre de Cabinet de réflexion ne permet pas de percevoir sa nature réelle, car cette expression implique que l’on y est placé pour réfléchir, donc accomplir un retour sur soi, alors qu’il s’agit plutôt de « sortir » de soi qui est l’enjeu de ce passage.
Sa fonction est donc déterminante. Quel destin attend celui qui est dans le cabinet de réflexion : devenir un homme amélioré ou être un initié par la transmutation ? La question reste posée : qui sort du Cabinet de Réflexion ?
Á ce sujet, je défis quiconque de trouver un seul symbole maçonnique dans le cabinet de réflexion, seuls des symboles Hermétiques sont présents. L’impétrant devra, plus tard, se poser la question fondamentale : Où sont passés tous ces symboles, une fois le Temple franchi ?
Poussons maintenant la porte du Cabinet de réflexion. L’impétrant est cueilli par une obscurité profonde, que perce à peine la flamme d’une unique Étoile.
Selon les alchimistes occidentaux, « l’adepte doit retourner au sein de sa mère, où même cohabiter avec elle ». Évidemment, la mère symbolise la Nature à l’état primordiale. Contrairement à ce qui se dit souvent, le profane n’est pas là pour y mourir, mais bien pour s’y transmuter en germe de vie initiatique afin d’être mis au monde du Temple, parachevée par l’Air, l’Eau et le Feu.
Il doit maintenant rédiger son testament philosophique qui n’en est pas un. En effet, il s’agit d’un essai de dire ce qui se passe réellement dans le cabinet de réflexion. L’objectif est de subir déjà une transmutation radicale, brutale de son humanité pour laisser place à l’initiation et y vivre une purification par la Terre.
Le passage par le Cabinet de réflexion doit donc faire surgir une volonté, dégager l’essence d’un être, son feu qui est seul capable de vivre la transmutation par l’épreuve du Feu. Le Cabinet de réflexion donne à vivre une première purification ; il fait émerger le feu de l’être dont l’individu est l’enveloppe.
Bien que l’épreuve de la Terre soit un voyage immobile, il s’y déroule un véritable rituel, mais un rituel très particulier puisque aucune parole n’y est prononcée. L’être est immergé pour la première fois dans l’univers des symboles, et doit tenter de déchiffrer leur langage, qui parle de connaissance et de spiritualité. Un moment très particulier de l’aventure initiatique.
C’est aussi l’occasion de redécouvrir le lien avec la vie symbolisée par la flamme qui y brille et les symboles hermétiques que sont : le coq, le crâne, la faux, le sablier, le sel, le souffre et le mercure, le miroir, le pain et l’eau, des sentences et l'anagramme VITRIOL.
Le Coq : Racine celtique kog, qui signifie rouge. Oiseau de Lumière, ancêtre de la tradition égyptienne (Phénix-Benou), Oiseau du dieu de la médecine selon Esculape. Il accompagne le soleil. Il fait passer les êtres des ténèbres de l’ignorance à la lumière de la connaissance. Le coq incarne la fonction de faire germer ce qui est caché dans les ténèbres — de faire ressusciter. Il est lié à la voie longue.
Le coq flanqué sur le mur du cabinet de réflexion comme un hiéroglyphe à déchiffrer, signe l'aspect volatil d'une même matière que les anciens philosophes nommaient Mercure.
Le coq est le symbole alchimique du vitriol, formé par la cuisson du sel et du soufre. Au début du Grand Œuvre, le lion vert (la matière première) est soumis au feu de l’athanor et se trouve agressé par le renard dont la queue figure le soufre. Basile Valentin parlant du soufre se muant en vitriol fait dire à l’adepte que « le coq mangera le renard » et au final, un coq triomphant symbolisera l’issu de sa confrontation avec le lion.
C’est pour cela que ce symbole est associé à la sentence : Vigilance et persévérance, deux termes qui signent la voie longue ou la voie Brève ; des qualités mythiques liées à l’Art Royal, à la résurrection et aux Grands Mystères.
Le Crâne : Á vrai dire, il ne s’agit pas d’une tête de mort, mais fait référence à la tradition védique qui représente le soleil comme un titan à qui l’on a tranché la tête. Cet aspect du crâne confère une dimension symbolique solaire, lumineuse, renforçant celle du coq (que l’on retrouve dans le mythe d’Orphée). Le crâne introduit ainsi dans le cabinet de réflexion, à l’intérieur de la terre, un ciel qui est le toit d’un édifice à construire à l’image de l’univers (tout ce qui est en haut est en bas, etc.). C’est le moment délicat de la sublimation, c’est celui du Caput mortem, lorsqu’il faut couper la tête, afin de voir apparaître le cygne blanc, thème alchimique de la putréfaction.
Faux et Sablier : La faux est censée évoquer le cours inéluctable du temps qu’aucune date ne fixe, jusqu’à l’arrêt de son défilement qu’est la mort. Alors que le sablier peut être retourné pour mesurer un nouveau cycle. Par le sablier, l’impétrant doit prendre conscience du passage du temps dispensé au « temps » rituel dont son séjour dans le Cabinet de réflexion est une première modalité. Le Sablier et la Faux sont un rappel de l’œuvre ininterrompue du temps qui domine et survit aux formes transitoires contenu dans la Table d’Émeraude.
Sel, Souffre et Mercure : Nous sommes en présence de l’héritage des alchimistes. En effet Sel, Soufre et Mercure sont considérés comme les trois principes à la base du Grand Oeuvre permettant l'obtention de la Pierre Philosophale. C'est le miracle d'une seule chose dont parle l'un des textes alchimiques les plus fameux : la Table d'émeraude d'Hermès Trismégiste.
La présence du Sel, du Soufre et du Mercure dans le Cabinet de Réflexion nous annonce que commence ici, par l'épreuve de la mort, de la Terre et de la décomposition, le travail de la création d'une Pierre philosophale qui n'est pas l'impétrant, mais l'initiation elle-même.
Le Miroir : La présence d’un miroir dans le Cabinet de Réflexion ne se justifie pas en référence à la formule « Connaît toi toi-même ». Mais plutôt pour faire prendre conscience à l’impétrant que ce qu’il perçoit n’est qu’un reflet, et qu’il faut aller au delà des apparences pour découvrir ce qui véritablement « est ». Peut-être pourrait-il capter la lumière solaire et faire naître le Feu ? Le Miroir est un symbole essentiel de l’alchimie car il désigne le Mercure.
Pain et Eau : L’eau de la cruche et le pain doivent être considérés autant comme les nourritures de base dont l’âme a besoin que comme les éléments de construction de l’être : l’eau comme source de vie et le pain comme symbole alchimique représentant ici toutes les formes de transmutation (voir les textes des pyramides).
VITRIOL : Une formule alchimique « Visita interior Terrae Rectificando Invenies Occulthum Lapidem ». Le Lion Vert. Pourquoi cette formule se trouve t-elle dans le Cabinet de Réflexion et non dans le Temple ?
Parce qu'elle ne peut s'entendre que comme le programme de ce qui, commencé dans le cabinet de réflexion (la visite de l'intérieur de la Terre), se poursuivra (la rectification) et s'accomplira dans le Temple (la découverte de la Pierre cachée). Ainsi tout au long de sa vie la Sœur ou le Frère portera en lui ce mot VITRIOL qui le guidera sur le chemin.
Point de départ de la voie initiatique où est également préfigurée la totalité de son accomplissement, le Cabinet de réflexion en tant que crypte ou caverne, évoque le sarcophage, que l’on place en terre afin que s’opère la transmutation de la Lumière.
Mais avant de passer la Porte Basse, l'impétrant doit méditer, car en se maintenant dans la dualité, il renforce ce contre quoi il cherche à s'opposer. Sous l'influence d'impulsions contraires, trompé par son ignorance, l'être humain est voué à l'errance ; comme ballotté par une vague. L'inconstance le tourmente ; cet équilibre instable de la pensée qui veut tout puis soudain son contraire, est inconfortable.
L'alchimie est la discipline qui entend dissoudre cet inconfort, par une équation nouvelle où l'Homme ne s'intègre qu'à la toute fin. Elle se veut chercher une autre réponse, par une succession d'opérations. S'il aspire à faire des divisions, et comprendre un jour la règle de trois, il convient de consolider les bases ; réviser les tables de multiplications. Seulement ainsi peut-il espérer croître.
L'alchimie a son Laboratoire, comme la franc-maçonnerie a son cabinet de réflexion. Le rituel, comme l'opération alchimique, entend faire cesser le duel qui oppose l'humain à sa dualité. Un enfantillage qui n'a que trop duré, l'empêchant d'avancer et d'investir sa véritable quête. Son vrai chemin d'humanité ne se dessinera que s'il transcende ses impulsions duales, que s'il accepte de les concilier par la transmutation.
Voila ce qu'est l'alchimie, la mise en corrélation de tous les repères de l'Univers observé, de laquelle émanerait un sens profond, par la simplification de l'équation démesurée au plus petit dénominateur commun à toute chose.
D'innombrables ponts relient ainsi trois principes (Soufre, Mercure, Sel), quatre éléments (Terre, Eau, Air, Feu), sept métaux et autant d'astres et planètes. Ces liens au sein même de chaque famille se conjuguent à d'autres : formes géométriques, arcanes, noms d'oiseaux, substances... En résulte de nouvelles correspondances, elles-mêmes répertoriées par états, selon l'opération qui les engendre. L'alchimie entend les faire se répondre toutes, sans omettre d'intégrer les nouvelles combinaisons que génère chaque lien, ni de les rattacher aux précédents éléments. Le Grand Oeuvre, en théorie, passe par ces figures imposées, érigeant un tableau à plusieurs millions d'entrées, en la matière.
L'alchimie demande à ses adeptes de ne pas craindre le labyrinthe de sens cachés qu'est l'Univers. Elle en tisse une cartographie symbolique, où chaque chemin mène quelque part. Inévitablement, ces quelque part convergent vers le Centre, mais tout ce qui s'apparente à des impasses nourrit l'expérience. Le vertige ne s'arrête pas là : si le labyrinthe a une destination, l'expérience, elle, ne connaît ni début, ni fin. L'œuvre se poursuit inlassablement.
L'alchimie accouche d'un œuf. D'un œuf ? Oui. Celui des philosophes. Les sages ont entendu par ce terme d'œuf, non le contenant mais le contenu, qui est proprement le vase de la Nature... Oeuf signifie plus communément la matière même qui contient le mercure, le soufre et le sel, comme l'œuf est composé du blanc, du jaune de la pellicule ou la coque qui renferme le tout. Cette matière est appelée œuf, parce que rien ne ressemble mieux à la conception, à l'enfantement... et à la génération, que les opérations du magistère et de la Pierre Philosophale.
Le cabinet de réflexion est un œuf, notre œuf, la triade sel, soufre, mercure nous invite à nous le figurer ainsi. Mais alors comment éclore ? Sous quelle forme ?
Puisque l'étude de l'alchimie prend toute une vie et qu'il y a urgence de mourir à notre vie profane, un plan serait le bienvenu, au mieux une méthode. Alors si le profane a bien compris la leçon, il est prêt à abandonner son enveloppe dans le cabinet de réflexion qui restera ainsi tout au long de son cheminement et c'est son âme ou son esprit qui maintenant franchit la Porte Basse pour retrouver l’athanor que représente la Loge pour travailler sur son propre athanor et réaliser le Grand Œuvre au cœur de Ma Mère. Sinon il restera un éternel Tartuffe qui veut les honneurs du grade sans l'épreuve, la voix qui prie pour être vue et l'orgueil qui se déguise en zèle... mais là, est une autre histoire...
Jakin,
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