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Les Black's Foot

le 31-01-2026 07:58

L'INDOUISME AU MILIEU DES RUINES

 
 
 

 
          Selon Karl Jaspers, les Upanishads et la prédication du Bouddha représentent un phénomène similaire à l'apparition de la philosophie en Grèce. Ce sont des manifestations de ce qu'il a appelé l'Age axial, cette période charnière de l'histoire de l'humanité, entre 7ᵉ et 2ᵉ siècle avant notre ère, au cours de laquelle sont apparues l'essentiel des grandes traditions religieuses et spirituelles qui irriguent encore le monde contemporain.

Dans le contexte indien, la révolution axiale a pris la forme d'une réflexion sur l'existence et la nature du soi (Âman) ainsi que sur l'Absolu (Brahman). Mais il faut bien voir que ce changement s'est imposé au prix d'une rupture au moins partielle avec le fond ritualiste du védisme ancien, et sa vision compacte et unifiée d'un monde avec lequel tout se tient, que ce soient les hommes, les dieux, les animaux, etc.

Face à la rapide dégradation du climat spirituel, on mesure à quel point le refuge de la Tradition peut s'avérer un piège. La sécurité d'un âshram  ou l'attachement à une tradition spirituelle idéalisée semblent bel et bien procurer un sentiment de réconfort face aux désordres du monde moderne, de paix intérieure qu'on pourrait même être tenté d'interpréter comme un signe avant-coureur de réalisation. Il s'agit pourtant là d'une illusion. 

Sans l'Inde moderne, la relation maître-disciple, si elle mobilise bien des ressorts affectifs très puissants, n'a pas toujours la profondeur qu'un Guénon a voulu lui donner. Ce que cherche la plupart des indiens, c'est moins une voie d'union avec l'Un, au sens où pouvait l'entendre Plotin, et plus une manière de supporter les affres d'une vie quotidienne souvent encore assez rude sans parler du fait que la petite communauté qui se forme autour d'un guru tend inévitablement à reproduire les mêmes travers que toute société humaine avec son lot de tensions et de faux-semblants.

La prudence s'impose donc. S'il est indéniable que la fréquentation des textes sacrés et de ce qui subsiste encore aujourd'hui des mondes traditionnels peut représenter une ouverture pour celui qui est né dans une société coupée de toute transcendance, ce dernier irait au-devant de graves désillusions s'il croyait qu'il peut tout attendre des représentants même les plus éminents de telle ou telle tradition, qu'il lui suffirait de s'intégrer dans une ambiance religieuse "orientale" pour retrouver le chemin de l'Être.

Cette prudence s'impose d'autant plus que la lucidité nous force à reconnaître que les résidus du monde de la tradition semblent voués tôt au tard à disparaître, qu'il viendra peut-être un temps d'occultation complète où "l'homme au milieu des ruines" comme l'appelait Evola ne pourra plus compter que sur lui-même et sur les traces écrites d'un monde disparu pour échapper à la roue du devenir et éveiller en lui la dimension d'Être, le noyau d'immortalité.

Il faut déjà dire que les maîtres d'hier sont morts, laissant pour la plupart derrière eux de "simples fonctionnaires", plutôt que des successeurs véritables, ce qui n'empêche pas les suivants de n'importe quel guru à la mode de l'auréoler du titre de jîvan-mukta  et, cette distinction étant devenue trop banale ces derniers temps, d'avatâra  ! Il suffit néanmoins de visiter l'Inde contemporaine, pour savoir que les vrais saints ne courent pas les rues.

Face au déclin des civilisations traditionnelles, certains ont cru qu'il était possible de transposer en Occident ce qui était en train de disparaître en Orient, quitte à le détacher d'un substrat culturel plus ou moins déliquescent. Que dire pourtant du spectacle effrayant de ces "éveillés d'Occident" aux prétentions plus exorbitantes les unes que les autres et dont pas un ne semble pleinement intégrer.

San doute, faut-il reconnaître dans la multiplication de ces "libérés-de-salon" (un "miracle" proprement post-moderne s'il en est) l'effet paradoxal de la mentalité démocratique qui se caractérise, comme l'a bien montré Tocqueville, par un phénomène d'égalisation des conditions. Qu'est-ce qui pourrait plus flatter l'homme de notre temps, toujours avide de nouvelles expériences, pour qui la libération des mœurs et la consommation de masse ont perdu leurs charmes, que la perspective d'un éveil en cette vie (si possible en un temps record, parce que le temps, c'est de l'argent !) ?

Ce que les milieux hindouisants en Occident entendent par "éveil" n'a d'ailleurs que fort peu de ressemblance avec ce que les textes hindous désignent comme le moksha, lequel, loin de se réduire à un état modifié de conscience plus ou moins prolongé (pour ne pas dire un abrutissement complet de l'esprit) implique une sortie des limites de la condition humaine, une identification du centre de l'individu avec le centre de toute chose. Si les saints ne sont pas légions en Inde, les vrais éveillés officient encore plus rarement dans les centres de yoga en Occident.

On le voit, la situation actuelle rend manifestement vaine toute espérance d'une prise de refuge dans un des mondes traditionnels, que ce soit géographiquement, mais aussi dans une certaine mesure intérieurement, d'où la tentation de se tourner vers une source plus originaire que les religions révélées. Avec la perte du premier refuge, la Nature prend en tout cas une importance plus grande pour ceux qui cherchent à échapper à un monde en dissolution et peut-être à éveiller en eux cette mémoire ontologique de l'unité perdue. Ce second refuge est néanmoins un refuge en péril, menacé par la folie des hommes et par leur hubris technologique.  

On peut donc se demander si l'Inde va succomber au même type de maladie spirituelle qui ronge l'Islam contemporain de l'intérieur. Le fait qu'on trouve par exemple dans les écrits d'un grand érudit comme Swâmi Karpâtrî , dont la mémoire est toujours vivante, une critique métapolitique du nationalisme hindou, le dénonçant à juste titre comme une contrefaçon moderne de la spiritualité hindoue, une idéologie politique sous un habit védântique, devrait nous laisser quelques raisons d'espérer.

Jakin, 
                                                                                                  Bibliographie : Renaud Fabbri, La Grande Illusion, Edts Archè, Milano 2022.

 


 
 
le 30-01-2026 07:26

L'ALGERIE DE MON ENFANCE, 1949-1962 (577)

 
SIDI-FERRUCH (Algérois)
 

 
Vue aérienne, l'église et la plage Est en 1960...
 
Photos du Centre de Documentation Historique sur l'Algérie. Publication Réalités du Morvan Empury...   
 
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le 29-01-2026 07:18

DE NOËL A L’ÉPIPHANIE, UNE EXCURSION ALCHIMIQUE DANS LA COULEUR

 
 
 



          Les couleurs qui marquent les temps de l'année liturgique chrétienne sont très significatives sur le plan symbolique, si l'on envisage leurs homologues au sein de l'Œuvre d'Hermès. 

Le blanc, se rapporte aux mystères joyeux et glorieux, aux fêtes du Christ et de la très Sainte Vierge, mais également par extension à celle des Saints. Le rouge, vient en rappel du sang versé par les martyrs, que l'on utilise aussi pour l'exaltation de la Sainte-Croix, ainsi que pour la Pentecôte. Le vert suit l'Épiphanie et la Pentecôte, alors que le violet marque le temps de l'Avent, du Carême et des jours de Vigile. Le noir, couleur caractéristique des ténèbres et de la mort, fait son apparition le Vendredi Saint, bien qu'il soit également employé durant les messes des morts. Quant à l'or, il peut remplacer toutes les couleurs liturgiques, le noir excepté.

C'est ce schéma qui a été repris par les alchimistes chrétiens, pour illustrer les différentes phases de l'élaboration de la pierre philosophale, souligné par les travaux d'Eugène Canselier  dans "L'œuvre alchimique de la Sainte Messe". Le rôle des ornements du prêtre, dans leurs rapports avec le symbolisme des couleurs, apparaît dès lors évident pour les tenants de l'alchimie chrétienne : de même que la voie humide offre dans les ballons en verre de l'alchimiste le spectacle des métamorphoses du composé et de ses visions colorées, ce sont ces ornements qui, tout au long de l'année liturgique, permettent aux fidèles d'accéder à cette même réalité symbolique.

L'alchimiste voit quant à lui dans ces couleurs la preuve extérieure des progrès faits par la matière soumise aux manipulations du Grand Œuvre. Il semblerait que ce soit Bernard Le Trévisan  qui ait introduit au 15ᵉ siècle dans son Livre de la Philosophie naturelle des métaux la notion de "couleur de la pierre" : noire, blanche et rouge. La plupart des auteurs reprendront après lui cette classification de base, alors que d'autres l'enrichiront jusqu'à lui faire épouser le symbolisme des sept planètes, comme il est représenté sur le Naos à un grade plus élevé.

La Nativité demeure pour le chrétien l'un des grands mystères de l'Histoire Sainte. Selon la symbolique alchimique, la naissance du Petit Roi, devrait être précédée par la liturgie mariale, qui recèle tout particulièrement les mystères de l'élaboration du "Mercure des philosophes ". Une des saisissantes évocations du livre d'Isaïe fut considérée par les alchimistes comme un arcane fondamental du Grand Œuvre, auquel se rattache la naissance surnaturelle du Christ et l'élaboration de la pierre philosophale.

Pour les alchimistes cette naissance est celle du petit poisson, de l'homunculus, c'est-à-dire plus exactement du tout petit individu minéral et philosophique, qui sera le germe de l'œuf fécondé. Les alchimistes espèrent en découvrir le mécanisme secret dans les métamorphoses des minéraux soumis à de mystérieuses manipulations. L'âme du monde, vaste réservoir d'idées où les philosophes hermétiques pensent qu'il n'est nullement interdit de puiser.

Symboliquement pour l'alchimiste chrétien, le temps de l'Avent qui est celui de la venue, précède dans son microcosme minéral la naissance du baigneur hermétique qui est l'homologue minéral de l'enfant Jésus. L'alchimiste qui vient d'achever avec bonheur le mariage philosophique de la terre et de l'eau, s'emploie, avec grande industrie, à aider la nature dans la lente procréation de l'embryon sulfureux grâce auquel il espère parvenir à la pierre philosophale.

Le violet, qui résulte du mélange du bleu mercuriel et du rouge sulfureux se rapporte à la violette des Sages au sujet de laquelle Fulcanelli disserta abondamment dans les demeures philosophales. Dès lors, la signification de la couleur violette, utilisée durant cette période d'attente et de préparation, ainsi que pour le Carême, pourrait se rapporter à une substance indispensable selon les alchimistes aux toutes premières opérations. Nous entendons parler de cet influx cosmique qu'ils appellent parfois cervus fugitivus, cerf fugitif, qu'il est bien difficile d'apprivoiser si l'on en croit les textes classiques. La couleur violette est aussi celle que revêt "l'androgyne alchimique".

L'idée de proposer une même saison pour la nativité et l'élaboration de la pierre philosophale, a dû paraître séduisante aux alchimistes. Chacun sait en effet que la terre se repose en hiver. Or pour le philosophe par le feu, au nom dévolu à l'alchimiste, il ne saurait être question de s'activer auprès du fourneau alors que le vieux Démogorgon, gardien mythique des forces telluriques, sommeille dans les entrailles de la planète. Donc pour les hermétistes, la naissance du Christ ne peut avoir eu lieu qu'au printemps, correspondant au renouveau de la nature.

Pour certains alchimistes chrétiens, les choses sont beaucoup plus simples et évidentes : le Rebis , ou "petit être minéral" fruit de l'union philosophique du soufre et du mercure, se manifeste entre le Bélier et le Taureau astrologiques, c'est-à-dire au printemps. Quelques textes assimilent symboliquement "le bélier terrestre", qu'il ne faut pas confondre avec son homologue céleste et zodiacal, à l'âne, qui représente quant à lui la materia prima des alchimistes.

À la période nocturne de la grotte, plongée dans une clarté latente, succède l'éclat de l'Épiphanie. Pour les alchimistes ceci répond à un adage devenu célèbre en Franc-Maçonnerie, de Basile Valentin : "Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem".

Traditionnellement, l'Épiphanie est l'occasion de goûter à la célèbre galette des rois dont le symbolisme alchimique fût développé par Fulcanelli, puis largement commenté par Eugène Canseliet. Fulcanelli affirme que le petit baigneur caché dans le gâteau est l'enfant royal qui confère à celui qui le trouve, la royauté symbolique. Devenu maître de l'Étoile (compos Stella), il n'aura plus qu'à nourrir son embryon pour le conduire à la résurrection ultime et salvatrice qui clôt le cycle des travaux alchimiques.

Ainsi, qu'il ait été catholiques ou protestants comme Michaël Maïer, les alchimistes chrétiens ont bien puisé aux mêmes sources scripturaires. On conviendra aisément que ce sont là des analogies symboliques irréfutables, qui ouvrent un champ d'investigation d'une insoupçonnable originalité. Le Christ, pierre philosophale, est donc bien dans cette perspective l'agent de toute purification.

La saga continue avec le thème : Les Cendres ou la préparation du Grand Œuvre, mais ce sera pour un autre soir...

Jakin,

 


 
 
 

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